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Au Niger, l’Europe sonne la fin de « l’économie migratoire » pour la région d’Agadez

Bruxelles et Niamey tentent d’endiguer le flux de migrants, au risque de déstabiliser une zone à laquelle ils avaient apporté paix et prospérité.

C’est une fourrière géante au cœur du Sahara. Cent sept véhicules tout-terrain sont là, immobilisés, pneus enfoncés dans le sable qui monte comme une ligne de flottaison dans cette cour d’une caserne de l’armée à la sortie d’Agadez, la « capitale » du pays touareg, dans le nord du Niger. Le type pick up Toyota Hilux, à l’ample plateau arrière, domine. « Ils sont saisis et à la disposition de la justice », clame le commissaire Haro Amani, silhouette noueuse et verbe assuré.

C’est un véritable butin arraché aux mains des passeurs. A Agadez, ville plate aux maisonnées ocre, oasis cernée d’une lumière sans fond, la confiscation de cette coûteuse flotte automobile nourrit bien des ressentiments. Elle a été ravie aux chefs de réseaux qui transportaient les migrants subsahariens vers la Libye ou l’Algérie. Le vent a tourné. Agadez n’est plus le grand carrefour que traversaient les centaines de milliers de candidats au rêve européen.

Ou, plus précisément, elle ne l’est plus officiellement. A destination de l’opinion et des gouvernements de l’Union européenne (UE), il doit être dit, écrit et proclamé que le trafic a cessé. Même si la réalité est bien plus nuancée. En 2016, sur les 180 000 migrants débarqués sur les côtes italiennes à partir de la Libye, les trois quarts avaient préalablement transité par le Niger et donc par Agadez, l’ultime porte d’accès au désert à la riche mémoire caravanière, là où l’on harnache les convois de 4x4 après s’être ravitaillé pour l’odyssée saharienne.

A défaut de pouvoir influencer un Etat failli comme la Libye pour endiguer le flux, l’Europe préfère désormais peser, plus en amont, sur ce grand couloir de transit qu’est le Niger. « C’est comme si l’Europe avait imposé sa frontière méridionale à Agadez », grince le président du conseil régional, Mohamed Anako, un notable touareg qui reçoit sous une tente dressée dans son jardin.

(Le Monde 29/11/17)

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