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Djibouti: mort de l'opposant Mohamed Ahmed, dit Jabha

Il été devenu le symbole des détentions arbitraires à Djibouti.

L’opposant Mohamed Ahmed dit «Jabha» est décédé mercredi 2 août dans l’après-midi. Accusé par le régime d’être un agent érythréen, il avait été arrêté en 2010 puis avait attendu pendant 7 années son procès avant d’être condamné à 15 ans de prison ferme en juin dernier. Selon l’opposition il était «le plus ancien prisonnier politique» du pays. Pour ses avocats, la mort de Jabha n’a rien d’accidentel.

« C’était la chronique d’une mort programmée » estime son avocat, Maître Zacharia, empli d’une grande amertume. Ces derniers mois, il n’avait cessé d’alerter sur l’état de santé de son client, atteint d’une grave maladie, et qui s’affaiblissait de jour en jour. La dernière fois qu’il l’avait vu, Jabha était trop faible pour parler.

Mohamed Ahmed avait été arrêté par l’armée le 1er mai 2010 dans le nord du pays, accusé d’être membre du FRUD, la rébellion armée qui opère dans le la région. « C’est un Érythréen en service commandé », avait dit le président Ismail Omar Guelleh dans un entretien à Jeune Afrique.

L’opposition tient les autorités pour responsables de la mort de Jabha. Selon elle, le Premier ministre en personne s’était opposé à sa libération, lorsqu’en 2016 la Chambre d’accusation avait « annulé » l’ensemble de la procédure contre lui.

Mais le parquet avait fait appel. Et Jabha avait finalement été reconnu coupable « d’intelligence avec une puissance étrangère et organisation d’une formation paramilitaire ». Il avait écopé de 15 ans de prison ferme en juin dernier. Une condamnation « à mort » pour ses avocats, prédisant déjà qu’il ne tiendrait pas jusqu’au bout de sa peine.

« Assassinat judiciaire »

« C’est l’épilogue tragique d’un assassinat judiciaire programmé, commente son avocat français, maître Bérenger Tourné. On l’avait condamné à 15 ans de réclusion sur la base d’un dossier vide. (...) Je n’ai pas cessé d’alerter l’Elysée, le gouvernement, depuis sept ans que cette mauvaise farce judiciaire suivait son cours. Maintenant on arrive à l’aboutissement. »

L'annonce de sa mort n'a pas surpris son avocat, en raison de la maladie dont Jabha était victime. Mais face au manque d'informations, maître Tourné n'écarte aucune option non plus. « Je ne saurai même pas vous dire s’il est mort des suites de sa maladie. Je n’exclus pas qu’il ait été purement et simplement liquidé par les services spécialisés de Djibouti. Mais en tout cas on savait que, de toute façon, son état de santé ne lui permettrait pas d’aller jusqu’au bout de sa peine. C’est peut-être ça, le plus terrible, dans cette affaire… »

RFI 03-08-2017

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